Casino Royale – Ian Fleming

La sortie de Skyfall au cinéma m’a donné envie de me replonger dans l’univers de James Bond. Alors que j’avais déjà vu tous les films de la saga plusieurs fois, je n’avais jamais lu le moindre livre de Ian Fleming, père du célèbre agent 007. J’ai décidé d’y remédier en commençant la lecture de la première aventure de James Bond, Casino Royale, roman paru en 1953 (étrangement traduit en français par Espions, faites vos jeux).

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Le titre du roman se réfère au casino de Royale-les-Eaux, une station balnéaire française imaginaire située entre la Normandie et la baie de Somme. Bond est chargé d’affronter au baccarat et de ruiner Le Chiffre, un homme de la pègre opérant pour l’URSS et le parti communiste français. Dans une situation financière délicate à cause des récentes lois françaises sur le proxénétisme, Le Chiffre est aux abois et tente de reconstituer une partie de sa fortune au casino de Royale-les-Eaux. Le MI6 y voit l’occasion rêvée de se débarrasser du Chiffre et envoie James Bond, le meilleur joueur du service, l’affronter.

Le début du roman est largement consacré à l’opération d’espionnage montée par le MI6 au cœur de laquelle se situe James Bond. Fleming décrit très précisément tous les détails de l’opération et les différents stratagèmes employés par Bond pour affronter Le Chiffre.

Fleming décrit très précisément le déroulement des parties et les stratégies de jeu employées, un peu complexes pour les néophytes comme moi (on peut simplement retenir que le baccarat ressemble au blackjack). L’ambiance de jeu dans le casino et les différents personnages présents sont très bien décrits et Fleming réussit  à donner à toutes ses scènes une tension excitante et une atmosphère réaliste. Fleming utilise de très nombreuses phrases et mots en français et le récit est ponctué de références culturelles qui donnent une agréable saveur au roman et témoignent du souci de précision de Fleming.

Malgré tout, l’ensemble manque de consistance et de souffle. Le style est parfois simple voire simpliste et l’action se déroule un peu trop vite.

Le roman est construit sur les deux piliers qui constituent l’essence des aventures de James Bond : l’action et les femmes. Si les scènes d’action peuvent paraître un peu désuètes voire annexes (et dans cet opus, James Bond n’est pas au meilleur de sa forme), la relation entre Bond et Vesper Lynd est particulièrement intéressante. Vexé de devoir faire équipe avec une femme, Bond regarde tout d’abord Vesper comme une potentielle conquête, avec le regard froid d’un homme à femmes. Il se montre d’abord très professionnel avec elle et tente d’oublier la pesante tension sexuelle qui s’installe entre eux. Dès que Bond se montre trop prévenant et charmeur, il se reprend pour redevenir l’agent secret implacable qu’il est.

C’est selon moi l’aspect le plus intéressant de James Bond. Sa personnalité double, voire schizophrénique, est clairement visible dans Casino Royale. Faisant preuve d’une grande subtilité, ayant beaucoup de charme et agissant avec précaution, aussi bien dans son travail qu’avec les femmes, James Bond apparaît comme un tueur à sang-froid uniquement préoccupé par l’objectif de sa mission pour ensuite soudainement se muer en irrésistible séducteur.

Et sous le charme de la candide Vesper Lynd, James Bond abaissera sa garde. Pour la première fois, il se lasse du jeu des aventures féminines et des conquêtes d’un soir et s’attache à elle. C’est de manière instinctive, comme un réflexe, qu’il part la sauver lorsqu’elle est en danger alors qu’il peut la sacrifier pour le bienfait de sa mission et sa propre sécurité.  Tandis qu’ils jouiront d’une semaine idyllique sur la côte normande, Bond tombera fou amoureux d’elle, au point de vouloir démissionner et de l’épouser.

 Eva-Green-vesper 007 dans Lectures

Daniel Craig a très bien réussi à montrer la noirceur de Bond et son caractère implacable, bien qu’on puisse regretter son manque de charisme pour qu’il soit également crédible en gentleman britannique au charme irrésistible. Pour relancer la saga, le choix de Daniel Craig comme acteur et de Casino Royale comme base de scénario étaient d’excellents choix. Le film est très fidèle au roman et soucieux de montrer un James Bond proche du personnage de Ian Fleming. Casino Royale est incontournable dans la mythologie James Bond, puisqu’on explore complètement la personnalité de 007.

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D’une certaine manière, c’est dans Casino Royale que l’on comprend pourquoi Bond est l’homme qu’il est.

Car lorsque James Bond découvrira le vrai visage de sa bien-aimée, sa part d’humanité disparaîtra définitivement pour laisser place au personnage qu’il a essayé de ne pas être et qu’il sera désormais à tout jamais : une froide machine de guerre doté d’un incroyable talent de séducteur. Pour parachever cette mutation irréversible, Fleming conclut son roman par cette phrase de Bond : « The bitch is dead now », comme pour montrer que seuls l’orgueil  et la froideur pouvaient aider Bond à guérir de la trahison de la seule femme qu’il ait jamais aimée.

Pour vous James Bond, c'est...

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5 Réponses à “Casino Royale – Ian Fleming”

  1. Matt
    22 décembre 2012 à 15 h 07 min #

    En ce qui concerne l’écrit, je préfère Robert Ludlum ou Tom Clancy pour ce type de récit. Par contre il est vrai que leur portage au grand écran ont été moins réussis et beaucoup moins célèbres :)

  2. thibaultdelavaud
    24 décembre 2012 à 11 h 05 min #

    Il est vrai que concernant les romans d’espionnage, les romans de Ian Fleming ne sont sans doute pas les meilleurs. Le succès de Fleming tient dans la création de son personnage James Bond, un personnage hors du commun et parfaitement adapté pour le cinéma :)

  3. Anto Sass
    7 novembre 2014 à 19 h 28 min #

    Je partage vos avis sur les écrits de Ian Fleming… lui même dans un téléfilm passé récemment sur Arte les qualifiait « d’alimentaire » ! Téléfilm soit-disant conforme à l’homme…

    Ce qui est dommage c’est qu’avec SOLO, William Boyd n’ai pas réussi à repartir dans un style plus proche de celui des films qui ont réellement créé le mythe (enfin je parle là de ceux de Sean Connery et de Daniel Craig). Il a même été moins efficace en ralentissant encore l’action… et pourtant l’homme a une sacrée liste de super livres produits ! :-(

    • thibaultdelavaud
      8 novembre 2014 à 10 h 07 min #

      Merci pour votre commentaire. Je n’ai pas lu le 007 de Boyd mais j’ai lu ça et là que c’était assez décevant… Espérons que le nouvel opus écrit par Anthony Horowitz à paraître bientôt sera de meilleure facture !

  4. Scapa
    27 décembre 2014 à 6 h 59 min #

    Je dirais que c’est grâce à Ian Flemming (entre autres) que je me suis mis à l’écriture !
    Car, une année, en vacances sur un île de l’Océan Indien, il n’y avait que des livres en Allemand et UN James Bond (en Anglais)… Alors j’ai tenté de le lire. Et je me suis rendu compte de la richesse de son vocabulaire (car j’ai comparé ensuite avec l’édition française)… Cela m’a suffit pour me lancer dans l’écriture il y a 4 ans environ… Faire qu’on ne raconte pas seulement une histoire résumable à une page A4, mais avec des détails, de la crédibilité. Et trouver l’équilibre entre descritions et actions, évolutions psychologiques…

    Et comme signalé dans un post ultérieur, il faut faire des séries, des personnages récurrents etc.
    Nous ne sommes pas des auteurs « antagonistes » mais complèmentaires. Chaque lecteur trouvera son auteur… ;) Bonne journée !

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