La gratuité, pire ennemie de l’auteur indé (2/2)

Dans le précédent article, nous avons vu pourquoi la gratuité devait être utilisée avec soin et en quoi elle était surestimée. Maintenant, voyons en quoi la gratuité est mortifère pour le travail de l’auteur indé et comment elle peut porter préjudice à l’autoédition.

La gratuité n’a pas de valeur

Si vous diffusez votre livre gratuitement, vous envoyez implicitement au lecteur un message négatif, à savoir : « ce que j’écris n’a pas suffisamment de valeur pour être vendu ». En étant gratuit, votre livre se perd dans la masse confuse et informe de tous les textes, écrits, articles, poèmes que l’on trouve sur Internet et qui pullulent sans que l’on soit forcément capable de discerner le bon du mauvais. On peut faire du gratuit de bonne et très bonne qualité, mais dans ce cas-là, n’est-il pas dommage de mettre un livre de qualité au même niveau qu’un livre de très mauvaise qualité ?  

Derrière le prix ne se cache pas seulement une marge ou un moyen d’amortir ses coûts. Le prix d’un livre traduit d’une part le travail de l’écrivain et d’autre part la qualité du livre, son contenu.

ecrivain-3

Intéressons-nous d’abord  au travail de l’écrivain. Imaginez-vous vendre gratuitement un livre de 1000 pages que vous avez mis 5 ans à écrire ? Je considère que tout travail mérite une rétribution, aussi minime soit-elle, et en mettant un prix à votre livre, vous signifiez au lecteur que vous avez travaillé, souvent durement, pour aboutir au résultat d’aujourd’hui, à savoir la publication de votre livre. Le prix est un gage de qualité, de travail. Bien sûr, le travail peut être mal fait, on peut être déçu, mais au moins, le lecteur sait en achetant le livre que l’écrivain a travaillé et qu’il a cherché à produire quelque chose de qualité. Il décidera en refermant le livre si l’auteur a atteint cet objectif.

« Le prix traduit le travail de l’écrivain et la qualité de son livre »

Passons maintenant à la qualité. La qualité d’un livre se juge a posteriori : critiques et commentaires clients, succès commercial etc. Mais si vous êtes un auteur reconnu (autoédité ou non) et quelle que soit la taille de votre lectorat, votre nom (votre signature) est un gage de qualité en soi : les lecteurs achèteront les yeux fermés votre livre. Le prix traduit cette qualité : un livre cher est un livre de qualité, ou plus exactement, un livre cher est un livre d’un écrivain reconnu (car on estime que ses livres sont de qualité). Par exemple, imaginons que George R.R Martin vende le 6ème tome de Game of Thrones (A Song of Ice and Fire pour les puristes) 50$. Exorbitant non ? Je suis pourtant prêt à parier que des milliers voire des millions de lecteurs seraient prêts à débourser une telle somme. Il est même fort probable qu’entre un livre vendu 15$ et le sixième tome de Game of Thrones vendu 50$, un lecteur se tourne naturellement vers Game of Thrones. Le prix permet de signifier qu’un livre est de meilleure qualité que les autres. Est-il juste que deux livres, l’un bon et l’autre mauvais, soit vendu au même prix ?

gratuit c'est

Le prix, un argument majeur pour la légitimité des indés

La gratuité est très néfaste pour l’autoédition. Elle contribue à dévaloriser les auteurs indépendants en leur collant une image d’amateurs et de non-professionnels. À l’inverse, le prix constitue une arme, un argument de poids pour un indé afin d’affirmer qu’il peut être au même niveau que les écrivains publiés chez des éditeurs traditionnels. Donc, si vous êtes un auteur indépendant, mettre un prix (raisonnable au départ puisque vous n’êtes pas encore connu), permet de créer cette valeur, d’afficher la qualité de votre ouvrage. Cette dernière peut être surévaluée (et vous le constaterez puisque vous n’effectuerez aucune vente, d’où la nécessité dans ce cas de baisser les prix) mais si vous réussissez à vendre vos livres à un prix raisonnable, cela signifiera que vous avez réussi à matérialiser la qualité de votre livre, à lui donner une valeur. Évidemment, on ne peut pas s’attendre à ce qu’un écrivain inconnu et qui cherche à émerger puisse vendre ses livres à des prix très élevés mais c’est une condition nécessaire pour acquérir une légitimité en tant qu’auteur.

« Mettre un prix permet de créer de la valeur, d’afficher la qualité de l’ouvrage »

Et le piratage et les DRMs ?

Ce sont pour toutes les raisons évoquées plus haut que je n’ai aucune indulgence pour le piratage. Les premières victimes du piratage, ce sont les auteurs qui voient leur travail et la qualité de celui-ci bafoués et anéantis. Il y a fort à craindre qu’avec le développement du livre numérique, le piratage se développe tout autant. Les DRMs ne sont pas la réponse la plus adéquate, car à mon sens trop restrictifs. Les indés ne sont pas les cibles privilégiées du piratage, c’est évident. Cependant, cela pourrait leur porter préjudice à l’avenir car je pense que seuls les auteurs les plus reconnus et les acteurs établis (Amazon en tête) peuvent résister au piratage (ils vendront de toute manière des milliers d’exemplaires de leurs livres). En revanche, le piratage peut porter atteinte à toute une industrie, notamment à ses acteurs les plus fragiles, ceux qui cherchent à émerger, les auteurs et plus généralement les acteurs divers et variés de l’édition numérique (plateformes d’édition, maisons d’édition numérique etc.).

publicite-piratage-interdit

Je pense que l’autoédition aura franchi un très grand pas le jour où un auteur indépendant réussira à vendre ses livres en très grande quantité à 4€ ou 5€ voire plus. Cela sera à mon sens l’une des plus grandes marques de reconnaissance que le public manifestera à l’égard de l’autoédition.

Mots-clefs :, , , , , , , , , , , , , ,

if (typeof OA_show === "function") OA_show('b300'); // ]]> -->

Aucun commentaire.

Laisser un commentaire

Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus