Écriture : comment conserver sa motivation ?

Je parlais dans mon précédent article de la difficulté à tenir le rythme d’écriture et à écrire sur une longue période. J’aborde aujourd’hui un sujet connexe et essentiel : la motivation.

Il est normal de connaître des hauts et des bas dans l’écriture d’un récit. Parfois, on ne peut tout simplement pas écrire parce qu’on est fatigué, parce qu’on n’a pas le moral ou qu’on n’est pas d’humeur à écrire. Ces baisses de motivation sont courantes et n’ont pas vraiment d’impact sur l’aboutissement du projet d’écriture.

Garder la foi

En revanche, il m’arrive de connaître des périodes de doute, voire d’angoisse, qui m’amènent à  remettre en cause ce que j’écris et à douter de ma plume (« Et tu as bien raison ! », diront mes détracteurs). Je suis précisément en train de traverser une phase de crise dans l’écriture de Chronos. De multiples questions accablent mon esprit : arriverai-je à terminer ma nouvelle ? Et si ce que je suis en train d’écrire était nul ? Les lecteurs arriveront-ils à entrer dans l’histoire ? Les personnages sont-ils crédibles ? Les dialogues réalistes ? Combien de temps vais-je mettre pour écrire mon livre ? Des mois ? Des années ? Et si je commence à me demander si le livre aura du succès, alors ce qu’il me reste de motivation est réduit à néant.

Je m’aperçois qu’en réalité il ne s’agit pas de motivation mais de croyance. Ces questions reflètent deux interrogations : « est-ce que je crois en mon histoire ? » et « est-ce que je crois en moi-même ? ».

À ces deux interrogations, j’essaye d’apporter une réponse. Surtout, je m’efforce de porter un regard positif sur ma situation et d’aborder la démarche d’écriture avec optimisme et détachement.

Il ne s’agit pas en réalité de motivation mais de croyance

Est-ce que j’écris bien ?

Il n’est pas vraiment pertinent de se poser cette question. C’est pourtant, je dois l’avouer, la question que je me pose le plus. Si j’écris bien, alors tant mieux, je n’ai qu’à continuer d’écrire ! Et si j’ai le sentiment de mal écrire, la solution n’est pas d’arrêter mais de poursuivre : c’est en forgeant qu’on devient forgeron. L’écriture relève pour beaucoup de technique et de pratique. Il faut écrire pour progresser et il faut également se relire pour se perfectionner.

Chat

Photo de Louise LeGresley (CC-BY-NC-ND)

Mon histoire est-elle originale ? 

On dit que les histoires les plus originales sont celles qui sont susceptibles d’être le plus intéressantes et d’avoir le plus de succès. La notion d’originalité est cependant à relativiser. Combien d’histoires, sous formes de livres, récits, légendes, films et chansons ont-elles déjà été racontées ? Des millions. Hormis les récits relatifs à un sujet d’actualité récente, je suis certain que toutes les histoires ont déjà été racontées. Une histoire n’est jamais originale, elle fait forcément écho à une histoire qui a déjà été un jour racontée. Nous sommes tous influencés, même inconsciemment, par les multiples récits et histoires que nous entendons depuis notre tendre enfance. Les personnages changent, les époques sont différentes, l’artiste apporte un regard mais il n’y a rien de nouveau sous le soleil. L’originalité du récit se situe dans les détails, dans le traitement des personnages ou dans l’angle abordé. Il ne faut donc pas chercher l’originalité pour l’originalité mais chercher à transmettre son identité d’auteur à travers ses textes, car celle-ci est unique.

Il faut [...] chercher à transmettre son identité d’auteur à travers ses textes, car celle-ci est unique.

Les lecteurs entreront-ils dans l’histoire ?

Chronos étant une nouvelle de science-fiction qui aborde le voyage dans le temps, cette question me hante. Plus l’univers du récit est éloigné du nôtre, le monde d’aujourd’hui, plus il est difficile pour le lecteur de s’approprier l’univers créé par l’auteur. De plus, un début d’histoire ennuyeux condamne également l’auteur à voir les lecteurs délaisser son livre. Pour pallier cette difficulté, je m’efforce de donner de nombreux détails à l’univers que je crée et de le rendre le plus réaliste possible. Je fais en sorte aussi que l’intrigue démarre rapidement. Il en va de même avec les personnages, je prends grand soin de leur donner une identité propre, de les rendre crédibles et vivants.

Cela étant, il faut accepter le fait qu’on ne peut pas plaire à tous les lecteurs. En dépit de tous les efforts possibles, certains n’accrocheront pas avec le récit. Après tout, combien de personnes ont-elles déclaré n’avoir jamais réussi à lire À la recherche du temps perdu ?

Prayer

Photo de Leland Francisco (CC-BY)

Écrire sans se poser de question

Répondre aux questions qui nous angoissent peut être utile et nous rendre plus sereins. Cependant je m’interroge : et si la clef pour croire en soi et en son récit était d’écrire sans se poser de question ? Écrire sans penser, sans s’arrêter ou presque, pour se prouver qu’on peut écrire un livre, quitte à réécrire et à retravailler le texte en profondeur par la suite. N’est-ce pas la meilleure méthode ? Quelle que soit la qualité de ce qu’on écrit, le fait d’avoir des pages noircies d’encre est une réalisation en soi. Et s’il ne fallait pas tout simplement écrire et se poser les questions ensuite ?

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7 Réponses à “Écriture : comment conserver sa motivation ?”

  1. Selma Bodwinger
    29 septembre 2015 à 15 h 07 min #

    La création, ça rend un brin cyclothymique !
    La réponse est dans le dernier paragraphe : arrêter de se poser trop de questions sur le style, la justesse de l’écriture. Il faut d’abord bâtir une histoire qui se tient avec un début, un milieu et une fin.
    C’est de cette manière là que j’ai réussi à écrire mon premier roman. En arrêtant de vouloir écrire d’emblée un chef d’oeuvre, j’ai relâché la pression et le plaisir d’écrire s’est accru.

    Une fois que l’histoire est écrite et cohérente, vient le temps de la relecture et du peaufinage. Et cette étape est si longue qu’il vaut mieux avoir déjà achevé l’écriture, être suffisamment fier de son récit pour affronter les doutes. Et puis, autant que possible, il est utile de s’entourer de beta-lecteurs, à toutes les étapes. Et pour le coup, les communautés d’entraide ont beaucoup progressé ces dernières années.

    Après, écrire une nouvelle de SF, c’est écrire pour un public restreint. J’apprécie beaucoup ce genre, mais c’est un goût peu partagé et on peut même dire en perte de vitesse à en croire la diminution des rayonnages dans les grandes librairies. Inutile d’éspérer des ventes démentielles. Mais les passionnés peuvent constituer un noyau de fidèles.

    • thibaultdelavaud
      3 octobre 2015 à 15 h 12 min #

      Oui, inutile d’espérer des ventes démentielles, vous avez raison. Cela rend l’exercice difficile car écrire quand on sait que peu de personnes vous liront peut être démotivant ! C’est pourquoi il ne faut pas se poser de questions.

  2. Cédric Girard
    30 septembre 2015 à 14 h 39 min #

    Merci pour cette phrase, mini épiphanie : « Je m’aperçois qu’en réalité il ne s’agit pas de motivation mais de croyance. Ces questions reflètent deux interrogations : « est-ce que je crois en mon histoire ? » et « est-ce que je crois en moi-même ? ». »

    C’est bien une question de croyance, d’acte de foi. Se lancer sans douter. Ecrire sans critiquer, et ensuite seulement critiquer. Ce que j’ai décrit comme « extraire le minerai », la matière à travailler, et ensuite, la raffiner, dégager le diamant de sa gangue.

    • thibaultdelavaud
      3 octobre 2015 à 15 h 14 min #

      Tout à fait d’accord : il faut travailler, retravailler, dégrossir le texte, corriger toutes les imperfections… J’ai commis l’erreur de ne pas suffisamment travailler cette étape pour mes premières nouvelles et je compte bien ne pas reproduire cette erreur pour Chronos.

  3. Cedric Bellissent
    2 octobre 2015 à 13 h 03 min #

    Bonjour Thibault,

    les questions pertinentes que tu te poses m’on inspiré un article: « Histoire de motivation ». Un peu long peut-être pour le placer ici, mais il est sur mon blog:

    https://cedricbellissent.wordpress.com/2015/10/02/histoire-de-motivation/

    Avec mes encouragements pour la suite de ton parcours.

    • thibaultdelavaud
      3 octobre 2015 à 15 h 17 min #

      Merci Cédric. Bonne chance à toi également.

  4. Charlie Bregman
    25 février 2016 à 17 h 26 min #

    On n’insiste jamais assez sur l’importance du lâcher-prise sur l’écriture (et sur tous les projets créatifs en général). Je crois que plus on a une idée précise de ce que doit être son livre, plus c’est difficile de l’écrire. Autant les questions ouvrent les pistes et laissent la place à l’imagination, autant les réponses constituent des limites à la créativité.
    Lorsque ce lâcher-prise est vraiment difficile, ce que je conseille, c’est de s’imposer des délais, des rdv rapprochés entre lesquels on est obligé d’avancer. Pour ma part, c’est en écrivant le premier jet de mon premier livre sur un blog que tout a commencé. Avant, je n’y arrivais pas. Le fait d’avoir un impératif m’a obligé à trouver les ressources nécessaires pour y faire face.
    Moins on a de temps, et plus le lâcher-prise est facile.
    Ensuite, il y a l’étape des corrections, mais ça, c’est un autre travail. Souvent, le seul fait d’avoir lâché prise pendant l’écriture du premier jet a permis de laisser émerger des idées que l’on n’aurait jamais pu avoir autrement. Durant la phase de correction, on peut passer en mode « analyse », où là, ce sont les réponses qui deviennent plus importantes que les questions…
    Dur dur, l’écriture… mais quelle aventure ;-)

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