Pourquoi être auteur n’est pas un métier

À l’heure où le statut des auteurs suscite beaucoup de questions et d’inquiétudes, je dois reconnaître que je ne me retrouve pas vraiment dans les débats et les prises de position que je lis et entends.

On présente en effet un auteur comme quelqu’un exerçant un métier : celui de l’écriture. Or, je pense qu’il s’agit là d’une grande confusion et qu’être auteur n’est pas un métier, dans le sens où l’on est médecin, boulanger, épicier… Et c’est une excellente chose.

Tout le monde peut être auteur

Il est sain et juste qu’être auteur ne soit pas un métier : l’écriture n’appartient à personne, n’importe qui peut écrire un chef-d’œuvre. Au risque d’affirmer quelques évidences et lieux communs, être auteur ne requiert aucun diplôme, aucune formation spécifique. Qu’est-ce qu’un auteur, sinon quelqu’un qui écrit un livre ? Or écrire un livre est en soi assez simple et banal, à la portée de tout le monde (je fais évidemment abstraction de la qualité de l’ouvrage). C’est la manifestation de l’expression de l’auteur, un témoignage destiné à être partagé. Nul besoin d’avoir un statut pour écrire ni l’autorisation de qui que ce soit. N’oublions pas que parmi les plus grands écrivains, beaucoup d’entre eux exerçaient un métier – un vrai métier, si j’ose dire. Par exemple, Céline était médecin, Romain Gary diplomate, Maupassant fonctionnaire. Je ne cite pas tous ceux qui ont été journalistes et professeurs…

L’écriture n’appartient à personne, n’importe qui peut écrire un chef-d’œuvre.

author alone

Photo de streetwrk.com (CC-BY-ND)

Par ailleurs, avec l’essor de l’autoédition, on peut désormais publier un texte en quelques clics et le mettre en vente. Nous sommes désormais tous des auteurs. L’autoédition est le Uber de l’édition. Si le statut professionnel des auteurs a toujours été fragile, l’autoédition est le dernier clou dans le cercueil du statut d’auteur tel qu’on l’entendait jusqu’au début des années 2000.

Les lecteurs ne doivent rien aux auteurs

Certes, les maisons d’édition ne rémunèrent pas assez les auteurs, les à-valoir diminuent et il y a une précarisation grandissante d’un certain nombre d’entre eux. Mais est-ce à dire qu’il serait juste que tout auteur vive de sa plume ? Qu’il en fasse son métier ? Bien sûr que non. L’erreur originelle est là. Et la situation ne fera qu’empirer puisqu’il y a de plus en plus d’auteurs et de moins en moins de lecteurs.

Message in a bottle

Photo de Rene Passet (CC-BY-NC-ND)

L’autoédition est le Uber de l’édition [...] et le dernier clou dans le cercueil du statut d’auteur tel qu’on l’entendait jusqu’au début des années 2000.

Un écrivain offre son livre au monde, comme s’il envoyait une bouteille à la mer, advienne que pourra. Bien inconscient est celui qui pense qu’un auteur peut et doit vivre de sa plume. Les lecteurs ne doivent rien aux auteurs. Un écrivain pourra écrire tant qu’il voudra, il n’aura peut-être jamais de lecteur.

Vivre de sa plume est un accomplissement, une performance. L’écriture est une activité récréative et intellectuelle qui peut être rémunératrice, mais c’est presque par accident que l’on peut gagner sa vie avec. Il faut être extrêmement talentueux et chanceux pour rencontrer le succès et donc vivre de la vente de ses livres. Et si autrefois, cela paraissait plus simple (et cela l’était peut-être), je pense que cette époque est définitivement révolue.

Pour le pire et le meilleur, nous sommes tous des auteurs.

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8 Réponses à “Pourquoi être auteur n’est pas un métier”

  1. Selma Bodwinger
    20 février 2016 à 19 h 14 min #

    Je suis bien d’accord avec toi, ce débat n’a pas beaucoup de sens. Vu la quantité dérisoire d’auteurs vivant de leur activité, maintenir un « statut » d’auteur désastreux, avec des cotisations lourdes pour des revenus insignifiants… Je suis bien d’accord que cela n’a pas de sens. Pour la poignée de personnes concernées, c’est beaucoup de bruit pour rien.

    Après, cela n’oblige pas les éditeurs à sous-payer les auteurs en leur réservant une part insignifiante des droits, en particulier en numérique.

  2. Patrick Moindrault
    21 février 2016 à 18 h 42 min #

    Je suis assez d’accord avec toi Thibault.

    Donc si j’ai bien compris, Thibaud, tu t’affranchis du poncif affligeant consistant à dire qu’un auteur n’en est un que s’il a des lecteurs. Les miens sont hélas assez rares, et je ne me considère pas comme écrivain, mais comme auteur. Pour moi, écrivain comme artiste, est un statut que nous accordent nos pairs, et non pas quelque chose qu’on peut revendiquer. Je suis donc un auteur puisque j’écris ; point. Si l’écriture avait besoin d’un qualificatif fort, pour moi ce serait celui de malédiction, et rien d’autre !

    Je ne pense pas que le talent soit lié au fait d’être connu ou reconnu… Surtout en voyant certains navets faire un succès que je ne m’explique pas, mais il en faut pour tous les goûts ! Ce n’est pas politiquement correct, je sais, mais bon, l’autoédition révèle tout de même de véritables (trop rares) pépites de temps à autre.

    Merci pour ta réflexion pertinente.
    Patrick.

  3. Nicolas Ancion
    23 février 2016 à 13 h 30 min #

    Bonjour Thibault,
    Je vous ai lu d’un bout à l’autre dans l’espoir de trouver un argument qui puisse étayer votre opinion. Je n’en vois pas. Vous avez un point de vue sur la question, c’est vitre droit, bien entendu, mais quand on intitule un billet « Pourquoi… » on ne peut se contenter d’énumérer quelques faits anecdotiques pour soutenir son propos.
    Vous passez à côté du sujet. Dommage. Le débat est intéressant, mais vos arguments ne le sont pas.

  4. Nathalie Bagadey
    27 février 2016 à 17 h 44 min #

    Bonjour Thibault,

    Le moins que l’on puisse dire c’est que – comme souvent – ton article m’aura fait cogiter.

    Par contre, contrairement à d’habitude, je ne suis pas d’accord avec toi.
    Je pense qu’écrire c’est un métier, et je vais essayer de le prouver avec cette série d’articles, née de ma réflexion sur ton article, qui m’a vraiment interpellée et fait réfléchir sur ma condition d’auteur.
    http://www.nathaliebagadey.fr/ecrire-un-travail-ou-un-metier-1-4-a125220348

    J’espère que tu participeras à la discussion. :)

  5. Olivier Saraja
    28 février 2016 à 10 h 03 min #

    Bonjour Thibault,

    Je lis toujours tes articles avec grand intérêt, mais je me demande s’ils n’entretient pas la confusion entre « auteur » (quelque soit le type d’oeuvre) et « écrivain » (le métier, comme le serait sculpteur, artiste peintre, compositeur, interprète, etc.) dans l’esprit des gens. Cette notion est pourtant essentielle au débat, dès lors que l’on souhaite toucher au métier, à la professionnalisation et par conséquent à la rémunération.

    Dommage, avec un tel titre, je me serais attendu à un article de fond particulièrement riche.

    Amicalement,

    Olivier, auteur mais pas écrivain

  6. Nicolaï Drassof
    23 mars 2016 à 18 h 32 min #

    Bonjour,
    Je découvre cet article avec retard, mais avec plaisir. Mon opinion, celle d’un auteur de livres qui ne considère pas que c’est un métier, est proche de la vôtre et semblable à celle de Patrick Moindrault. Ecrire un livre et le publier est une tentative de communication, comme de peindre un tableau ou faire de la musique. On peut (?) en faire un métier, c’est à dire monnayer ses paroles et ses idées, son éventuel talent; mais alors il faut entrer dans une compromission mercantile et chercher à plaire au plus grand nombre, ce qui ne figurait pas dans le cahier des charges au départ. C’est d’ailleurs pourquoi j’ai fait le choix de m’auto-éditer après avoir été publié par de petites maisons d’édition. Ainsi je garde ma liberté pleine et entière de proposer ma façon de faire aux lecteurs que je peux approcher. Quelques ventes pour couvrir mes frais, et, peu à peu, malgré mon offre pas très commerciale, la constitution d’un lectorat qui a vraiment choisi mon style et mes sujets. Si, soyons utopiques un instant, ce lectorat se développait énormément, je deviendrais écrivain et vivrais de ma plume, en continuant de refuser « d’écrire pour plaire et faire de l’argent ». Cessons le rêve et concluons que c’est une simple question d’honnêteté.

  7. Oiseau-de-Pluie
    19 juillet 2017 à 3 h 12 min #

    Alors là, désolée mais je n’ai jamais lu de telles conneries. Même si vous avez raison sur certains points (sur le fait qu’il faut être très chanceux pour vivre de sa plume), c’est aberrant de dire qu’il est à la portée de tout le monde d’écrire un livre (et encore moins un chef d’œuvre LOL).
    J’en ai écrit un et autour de moi, tout le monde me dit : « je ne serais jamais capable d’écrire un livre, bravo ! ».
    Chacun ses talents. C’est comme si tu disais que tout le monde était capable de chanter : certes, mais certainement pas avec la voix de Céline Dion ou même, pour prendre un exemple d’artistes plus jeunes et moins célèbres, des Kids Uniteds…
    Moi, par exemple, je chante comme une casserole lol. Pour sortir un disque, il faut avoir un minimum de talent. Pour l’écriture, c’est la même chose.

    D’autre part, je n’ai pas aimé le fond de l’article qui laisse penser (j’espère me tromper) que les gens exerçant des professions artistiques ont moins de valeur que les autres. Les diplômes ne font pas tout dans la vie.
    J.K Rowling était au chômage. Elle a été extrêmement chanceuse, elle est devenue milliardaire grâce à l’écriture. Pour autant, a-t-elle plus de valeur qu’avant ? Non.
    D’ailleurs, vous qui dites que c’est à la portée de tout le monde d’écrire un chef d’œuvre, auriez-vous été capable d’écrire les 7 tomes d’Harry Potter ? …
    Il faut aussi savoir qu’elle a été refusée par 14 éditeurs avant que le premier tome ne soit accepté, ce qui prouve que même les maisons d’édition à compte d’éditeur ne reconnaissent pas toujours forcément le talent d’un auteur.

  8. ANTONIUCCI NICOLAS
    21 novembre 2017 à 9 h 13 min #

    Je trouve cet article très sensé, étant moi-même auteur, et réagirais à un point qui me semblera important. Je me pose la question de savoir si la frontière entre auteur autoédité et les autres ne serait pas simplement la matérialisation d’un concept, mis en place par, appelons les éditeurs au sens large puisqu’ils engloberont tout ce qui gravitera autour de l’écriture pour la faire vendre tels la critique, la reconnaissance publique et autres, pouvant s’assimiler à un ersatz de diplôme dans un domaine et où il n’y en a pas et n’en aura jamais.
    Cette ligne virtuelle se sera mise en place par mimétisme en fonction des fonctionnements habituels de notre société qui privilégiera le mécanisme de production et l’emploie au résultat du travail effectué.
    Elle permettra d’autre part de limiter les flux, limiter la soupe servie dans une louche au dépens de ceux qui resteront dans la casserole, pour la servir dans un domaine très encombré, comme le sont tous les domaines artistiques, par ailleurs.
    Ceci étant dit écrire un livre cohérent est difficile et sera, au final, une victoire sur soi-même.

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